ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, SON EXCELLENCE MONSIEUR MICHEL JOSEPH MARTELLY À L'OEA

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de la République d’Haïti,
Mesdames, Messieurs les Ministres membres de la délégation,
Monsieur le Secrétaire Général,
Monsieur le Secrétaire Général adjoint,
Mesdames Messieurs les Représentants Permanents,
Mesdames Messieurs les Observateurs Permanents,
Chers Amis.

president martelly OASJe suis particulièrement heureux, au nom de la République d’Haïti et du Peuple haïtien, de me retrouver dans cette salle des Amériques, symbole de la vibrante démocratie qui ne cesse de s’accroitre dans toute la région, pour m’adresser à cette auguste assemblée.

 

D’entrée de jeu, je voudrais vous remercier chaleureusement pour le très émouvant accueil que vous avez réservé à moi et à ma délégation. A mon tour, je vous apporte une accolade fraternelle et chaleureuse du peuple haïtien, ce qui, j'en suis sûr, vous aidera à mieux supporter le froid hivernal de la Ville de Washington.

 

Je me réjouis également d’être au siège de l’OEA, cette organisation plus que cinquantenaire dont Haïti, mon pays, est membre fondateur. A travers les ans, l’Organisation des Etats Américains a connu certes des épreuves, mais elle a beaucoup grandi et muri pour devenir ce patrimoine cher et adulé de tous les peuples du Continent. A travers elle, nous forgeons incessamment notre communauté de destin fondée sur la démocratie, les droits de l’homme, le développement intégral, la sécurité humaine, et indubitablement, sur la poursuite du bonheur pour nos populations.

 

Monsieur le Président,

 

Plus que jamais dans l’histoire, les Amériques peuvent s’enorgueillir, à juste titre, d’une parfaite santé démocratique. Notre Organisation régionale a le mérite d’avoir parfaitement joué son rôle d’accompagnement de nos Etats dans leur processus de renforcement institutionnel, de consolidation de l’état de droit et de la stabilité politique, même si, il faut le reconnaitre, beaucoup reste encore à faire en termes de réduction des inégalités socioéconomiques et d’amélioration du cadre de vie de nos citoyens et de nos citoyennes.

 

Avec la constance dans l’effort et le sens des responsabilités, nous parviendrons surement à colmater les brèches et à forger des lendemains meilleurs pour nos populations. Mon administration s’est engagée et s’engage encore à changer durablement les conditions de vie de mon peuple, à refonder la nation et à paver définitivement la voie à son développement intégral et durable. Aujourd’hui, je peux vous affirmer avec une fière assurance que le peuple haïtien est en train de reconquérir son droit de rêver. Plus que jamais, nous sommes confiants dans l’avenir. Les résultats sensibles et visibles déjà enregistrés dans les différents domaines et les différentes sphères d’action sont, en effet, des plus encourageants.

 

Monsieur le Président,
Mes Chers Amis et Amis d’Haïti,

 

Permettez-moi de partager avec vous les résultats probants des interventions de mon administration, depuis mon accession à la magistrature suprême de l’Etat, dans divers domaines tels que l’éducation, l’économie, la construction de l’état de droit et la préservation de l’environnement.

 

J’ai l’intime conviction que l’éducation demeure le principal levier du développement de tout pays, plus particulièrement des pays du Sud comme Haïti qui sont très peu dotés en ressources. C’est pourquoi Nous avons fait de l’éducation un des axes prioritaires de nos interventions. Cela veut dire concrètement que nous avons consacré pas moins de quatorze pour cent (14%) de notre budget national à la scolarisation des enfants des couches les plus défavorisées du pays.


Le résultat, vous conviendrez sans nul doute, est prometteur : Un (1) million quatre cent mille (1.4 million) enfants bénéficient du programme de scolarisation universelle gratuite. Nous avons construit 369 écoles et réhabilité plus d’un millier d’écoles publiques. Pour la première fois aussi, l’Etat accorde une subvention aux étudiants des Universités publiques pour leur permettre de se procurer les matériels didactiques nécessaires à la poursuite et à l’aboutissement de leur cursus ou de leur cycle d’études supérieures.

 

Je suis par ailleurs convaincu qu’il est impératif de nous atteler à améliorer notre main-d’œuvre, nos marchés du travail et à réduire substantiellement les chiffres alarmants du chômage des jeunes. L’un des moyens les plus efficaces pour y parvenir est de promouvoir et de créer des structures de formation de qualité pour mieux préparer nos forces de travail et les rendre plus compétitives.

 

Dans cette perspective, je crois qu’il est plus que jamais opportun d’élargir les cadres régionaux de coopération dans les domaines de l’enseignement professionnel et universitaire. Par ce biais, nos jeunes de toutes catégories confondues pourront avoir à leur disposition des moyens pouvant leur permettre de s’épanouir, de participer au développement économique et social de leurs pays et de bâtir leur avenir.


Sur le plan économique, je me félicite des efforts déployés et des sacrifices consentis par mon administration pour assurer la stabilité macro-économique d’Haïti. En guise de résultat, l’économie nationale a enregistré un de taux de croissance de 4,3% pour l’année écoulée, grâce notamment à l’augmentation sensible de la production agricole, au dynamisme du secteur de la construction, à la hausse de la production industrielle surtout au niveau de la sous-traitance et à la relance du secteur touristique. Il importe aussi de souligner que nous avons ramené le taux d’inflation de 6,5% en septembre 2012 à 4,5% en septembre 2013.

 

Ces résultats sont très loin d’être l’effet du hasard. Ils sont dus à la combinaison harmonieuse d’une volonté politique ferme et d’une détermination sans faille de mon équipe d’instaurer une gestion saine de la chose publique par la lutte contre la corruption généralisée. J’en veux pour preuve l’adoption récente d’un certain nombre d’instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux en matière de lutte contre la corruption.

 

Mon administration entend continuer dans cette voie. Notre objectif est de créer définitivement et de maintenir un climat de plus en plus favorable aux investissements étrangers directs. L’économie haïtienne se relève petit à petit et les conditions objectives de sa prospérité et de son développement sont en train d’êtres mises en place.

 

Dans cet ordre d’idée, d’ores et déjà, je vous invite tous, membres permanents et observateurs de l’Organisation des Etats Américains, à participer en grand nombre à la Conférence sur les Investissements en Haïti, qui se tiendra à Port-au-Prince en juillet prochain sous les auspices de l’OEA. Je compte sur votre support pour encourager les investisseurs de vos pays respectifs à profiter des opportunités énormes offertes par le marché haïtien dans les domaines aussi divers que le tourisme, les textiles, la construction, l’agriculture et l’agro industrie.


Pour ce qui concerne l’Etat de droit, dès mon arrivée au pouvoir, je me suis attelé à la tâche consistant à promouvoir le respect de la loi et le renforcement de l’appareil judiciaire conformément aux promesses de ma campagne présidentielle. C’est ainsi que les ressources et les énergies nécessaires ont été très vite mobilisées vers la normalisation du pouvoir judiciaire, le renforcement des capacités et l’augmentation de l’effectif de la police nationale, la réduction considérable de la criminalité et le fonctionnement harmonieux des trois pouvoirs.

 

Nous venons de baptiser l’année 2014, qui correspond à l’An 210ème de l’indépendance de mon pays : « Année de l’unité retrouvée ». C’est ainsi que j’ai initié récemment, avec l'aide de l’Eglise catholique, un dialogue inter-haïtien qui nous permettra de définir, de façon consensuelle, un cadre de référence pour consolider les acquis en matière de gouvernance démocratique et assurer la prévisibilité de notre système par la réalisation régulière d’élections démocratiques et inclusives, nécessaires à la stabilité politique et au développement économique et social d’Haïti.


Je me réjouis de l’état d’avancement du processus électoral devant culminer au renouvellement des pouvoirs législatif et locaux durant l’année 2014, renforcé par l’adoption et la publication de la loi électorale ainsi que de la loi relative au fonctionnement des partis politiques.

 

En ce qui à trait à l’environnement, je tiens à vous confesser que la question environnement est pour nous une préoccupation constante. Aujourd’hui, mon administration fait un double pari. D’une part, celui de la conscientisation des enfants et des jeunes sur les problèmes liés à la dégradation de l’environnement, d’autre part, celui de l’établissement d'un cadre juridique national pour la protection de l’environnement.


En dépit de la limitation de nos ressources, nous nous efforçons de mettre en place des outils légaux et des infrastructures adéquates pour nous permettre de renforcer la résilience du pays et de réduire les menaces constantes liées aux catastrophes naturelles.

 

Je profite de cette opportunité pour renouveler encore une fois mes profondes sympathies aux peuples et aux gouvernements de la Dominique, de Ste-Lucie et de St- Vincent et les Grenadines qui ont subi en décembre dernier les graves conséquences d’un désastre naturel sans précédent dans leur histoire.

 

Vous conviendrez avec moi que la vulnérabilité aux catastrophes naturelles est le lot de quasiment tous les petits Etats de la Grande Caraïbe. C’est une question qui doit continuer à être approchée au niveau régional. J’appelle donc de mes vœux au renforcement des structures et des mécanismes régionaux et sous-régionaux de prévention et de gestion des risques et des désastres.


Monsieur le Président,

 

Je voudrais remercier et féliciter le Secrétaire général, Monsieur José Miguel INSULZA, d’avoir encouragé le Conseil Permanent à initier une réflexion et un débat profonds autour de la vision stratégique de l’Organisation des Etats Américains pour les prochaines décennies. C’est une réflexion qui, me semble-t-il, doit être encouragée.

 

La République d’Haïti attache la plus grande importance au renforcement et à l’approfondissement de l’intégration et de la coopération tant au niveau hémisphérique qu’au niveau régional et sous-régional. Mon administration s’engage à contribuer efficacement à l’aboutissement de toutes les initiatives et activités qui vont dans cette direction. Le renforcement de l’unité, de la solidarité et de l’entraide doit être le leitmotiv de tout effort d’intégration ou de coopération.

 

Aujourd’hui, il est indéniable et fort encourageant que tous les Etats membres de l’Organisation des Etats Américains ont réalisé des progrès significatifs en matière de stabilité politique, de renforcement institutionnel et de consolidation de l’état et de la démocratie. De même, les organisations d’intégration ou de coopération existantes offrent un cadre idéal pour la concertation entre les Etats et le rapprochement de leurs peuples. Par exemple les Etats les moins pourvus économiquement ont la possibilité de rechercher, au plus haut niveau de leurs responsables, les voies et moyens adaptés à leurs réalités pour adresser les problèmes sociaux et économiques auxquels ils font face. C’est dans cette perspective que nous plaçons la création et le développement des organisations comme la CARICOM et l’UNASUR et, sous un angle beaucoup plus large, la Communauté des Etats de l’Amérique latine et de Caraïbes (CELAC).


Monsieur le Président,

 

Au nom de la République d’Haïti et du peuple haïtien, je propose que le débat autour de la vision stratégique de l’OEA tienne dûment compte des liens d’interdépendance entre démocratie et développement économique. Il ne faut pas cependant que cela se fasse au détriment du respect des droits de la personne, des libertés individuelles et de la participation citoyenne.

 

Aussi, je reste persuadé de l’impérieuse nécessité pour l’OEA de dégager, dans le plus bref délai, un consensus sur la définition d’un projet intégrateur, c'est-à-dire prenant en compte les intérêts et les priorités de tous les Etats membres, et qui soit porteur de croissance économique et de progrès pour nos populations. C’est une responsabilité historique qui incombe à nous tous et à chacun de nous.


Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,


Je tiens à réitérer l’engagement d’Haïti et ma détermination d’appuyer sincèrement toute initiative qui va dans le sens d’un dialogue constructif entre tous les Etats et tous les peuples des Amériques. Un dialogue qui doit aboutir à l’adoption d’un pacte de solidarité pour affronter de manière unifiée le fléau de la pauvreté et de l’inégalité sociale, ainsi que les menaces environnementales et les préoccupations en matière de sécurité.

 

Enfin, je terminerai mes propos en vous rappelant que le Tribunal Constitutionnel de la République Dominicaine a rendu un arrêt qui remet en cause la nationalité d’un certain nombre de Dominicains dont la plupart sont d’ascendance haïtienne. Je voudrais remercier les pays qui se sont mobilisés pour favoriser une issue respectueuse des droits de la personne face à ce problème. Pour l’instant, un processus de dialogue est en cours entre Haïti et la République Dominicaine. Dans le cadre de ces pourparlers, la République Dominicaine a pris un certain nombre d’engagements qui devraient permettre de trouver une issue favorable que nous appelons de nos vœux. J’invite les pays de l’OEA à continuer à soutenir le processus et à garder la même vigilance vis-à-vis du respect des droits de la personne afin qu’il n’y ait une seule personne à se trouver en situation d’apatridie dans la région.

 

En attendant de vous revoir en Haïti, en juillet 2014, dans le cadre de notre rencontre sur l’investissement et, en juin 2015, à la Quarante cinquième Session ordinaire de l’Assemblée Générale de l’OEA, je souhaite à vous tous bonne besogne et une fructueuse année de travail au bénéfice de tous les peuples frères des Amériques.


Je vous remercie.